Une heure vingt à Istanbul

Kedi est un documentaire turc de Ceyda Torun. Kedi signifie « chat » en turc. Aimant les chats et la Turquie, notamment Istanbul, je ne pouvais pas rater ce film. Nous y sommes donc allés en famille, tous les quatre. Passer une heure vingt à Istanbul m’a singulièrement émue.

kedi-affiche

D’autant que le film commence par une plongée aérienne sur la ville au-dessus de la tour de Galata, dévoilant à l’horizon la Corne d’Or et le Bosphore, cette mer qui traverse la ville et lui donne son rythme. Cependant le film choisit un autre rythme, celui des chats stambouliotes. Alors la caméra descend en rase-motte, à vue de félin.

kedi-tout-galata

Leurs regards en amandes, dorés ou verts, prégnants et vifs, se laissent capturer par l’objectif. La caméra les suit jusqu’au fin fond de leurs cachettes, dans les dédales des rues, des marchés et des ports. Ceyda Torun leur donne la parole à travers la voix de ceux que ces chats ont choisi, non pas comme maîtres, mais comme « humain principal ». Le mot vient de l’un de ces hommes ou femmes qui leur donnent à manger et leur prodiguent soins et caresses, en toute humilité.

kedi-yeux-chat

Chaque chat a son caractère. Et à travers eux, c’est le caractère de cette Turquie bienveillante que nous aimons tant que j’ai retrouvé dans le film. Une réelle douceur de vivre souffle sur tous les personnages, une sorte de spiritualité même.

Artistes et intellectuels, commerçants et mécaniciens, pêcheurs et restaurateurs, hommes et femmes, ils ne sont pas passionnés par les chats. Ils vivent simplement avec eux dans cette ville tentaculaire qu’est Istanbul. Comme si ces chats étaient les gardiens de leurs âmes, symbole d’une liberté perdue.

Car ils débarquent un jour, s’installent, vont et viennent, grimpent sur les toits, se faufilent sous les portails, escaladent les gouttières, et rappliquent pour prendre nourriture et tendresse. Passant de l’indolence à la plus insolente vivacité, ils s’affranchissent de l’entrave des règles des humains en emportant leurs rêves jusqu’au ciel, qu’ils atteignent en funambules infatigables.

Enfin, l’autre personnage principal de Kedi, c’est Istanbul elle-même. Plurielle, populaire, humaine, touchante. Pour nous d’autant plus que nous reconnaissons des lieux et des gens. Pour nous d’autant plus qu’elle ne correspond pas à l’image de la Turquie actuelle, celle d’Erdogan, fermée, voilée et agressive.

kedi-ergo-gone

Kedi a été tourné en 2014. Les choses ont beaucoup changé en un peu plus de trois ans. Des milliers de personnes sont en prison. Bien loin de l’apparente insouciance des chats des rues d’Istanbul.

Cet article a été publié dans cinema. Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s