Pastel émoi

19h, les grandes portes en verre et fer forgé du Petit Palais s’ouvrent pour une visite privée de l’exposition « L’art du pastel, de Degas à Redon ». Rien de mieux pour lutter contre la grisaille hivernale que la matière brute du pastel, capable de faire vibrer les couleurs avec éclat. Pastel émoi, douceur et volupté.

Pastel émoi

Pour être honnête, l’exposition aurait pu titrer « de Vigée Lebrun à Redon ». Car au-delà du fait que les premières œuvres de l’exposition datent du XVIIIe siècle, ça aurait permis de mettre plus en avant les artistes féminines pourtant bien présentes dans la sélection de pastels du Petit Palais.

D’autant que la première œuvre qui m’a touchée est ce petit portrait de Vigée-Lebrun, La Princesse de Radziwill, que l’on aperçoit dès l’entrée de l’expo. Nous sommes dans le siècle d’or des pastellistes. Les portraits sont aristocratiques. Boucles des coiffures, richesse des tissus, carnation des visages, le pastel permet de rendre l’instantanéité du portrait. Avec plus de 1650 nuances, la couleur se dépose immédiatement sur le papier, sans temps de séchage comme pour la peinture à l’huile.

Avec la Révolution Française, le portrait au pastel tombe en désamour au rythme des têtes couronnées sous la guillotine. Il reste désormais réservé aux bouquets de fleurs peint par les jeunes filles de bonne famille et aux esquisses de peintre. Ce n’est qu’avec le XIXe siècle et la naissance du réalisme que le pastel revient par la grande porte.

Il flatte alors surtout les élites bourgeoises, les fameux mondains, qui veulent se faire tirer le portrait à moindre frais. Pour faire simple, on pourrait dire qu’il est le selfie de l’époque. Se montrer et être vu, dans un halo de douceur et de texture. Instagram n’a rien inventé. Chapeau Huit Reflet, effets de dentelles et de plumes, détails éclatants, les portraits ont un aspect presque photographique.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

On arrive là à l’œuvre qui m’a le plus touchée, Sur le Sable de la dune de Pierre Carrier-Belleuse (1896). Une femme nue allongée sur le sable, un ton sur ton presque duveteux, un téton qui attirerait de nos jours les foudres de la censure sur Facebook, petite maille rose lovée dans le nid du bras. Et, enfin, la chevelure noire, dense, dans laquelle s’accroche la lumière, point d’amarre dans le flot de poudre claire. J’étais subjuguée.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Au XIXè, les impressionnistes trouvent dans le pastel le moyen de leurs envies. Ne nécessitant ni eau, ni toile, ni temps de séchage, le pastel leur permet de sortir facilement des ateliers et de transcrire leurs impressions immédiatement sur le papier. Le trait se fait couleur, la couleur se fait trait, la poudre frissonne dans les feuillages.

La seule partie à laquelle j’ai moins adhéré est celle des symbolistes, avec le fameux Redon.

Par contre, quel enthousiasme devant les couleurs en camaïeux d’ocres de Lévy-Dhurmer ! Cet admirateur de Beethoveni a su faire vibrer la musique dans ses harmonieuses saillies de couleurs.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Vous l’avez compris, le pastel, ce n’est pas de la poudre aux yeux !

Cet article, publié dans Art, Culture, est tagué , , . Ajoutez ce permalien à vos favoris.

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s