Les couleurs de la course

C’est l’histoire d’une course où l’on fait le plein de couleurs. C’est l’histoire d’une mère qui veut faire plaisir à sa fille. C’est l’histoire d’une femme qui n’aime pas courir.

Pourtant ce dimanche d’avril, Petit Oiseau et moi sommes dans le RER à une heure où les croissants sortent du four. Soleil frais. Humeur joyeuse. Nous promenons nos sourires sur le parvis de l’Hôtel de Ville de Paris. La Color Run éveille les rives de la Seine.

Tatoos colorés éphémères, lunettes de soleil protectrices et baskets confortables. Nous descendons sur les quais.

Musique entêtante, coachs qui entraînent le public. Là-haut, entre deux caissons verts fermés de bouquinistes, trois huluberlus s’assoient culs nus sur le parapet de pierre.

Top départ.

Petit Oiseau démarre vite. Mais finalement, nos rythmes de croisière sont accordés. Nous courons côte à côte.

Jaune. Pays des Minions. Nous passons le premier nuage de couleur. Au prochain, il faudra fermer la bouche… Soleil sur le pont des Arts. Rive gauche. La Seine brille. Les coureurs ont la banane.

Bleu. Pays des Schtroumpfs. Petit Oiseau est passé à toute vitesse dans le nuage de poudre. Les familles papotent. Les copines font un selfie. Nous courons toujours.

Vert. Pays des Martiens. Des hommes et des femmes aux visages couverts de masques de peinture nous balancent généreusement des particules colorées.

Rose. Pays des Barbapapas. On a même pris le temps de jouer sur les bords de Seine. C’était avant ou après le flamand rose de la péniche du Rosa Bonheur ? La Tour Eiffel apparaît.

Petit Oiseau accélère. Le plaisir de passer la ligne d’arrivée avec une pointe de vitesse. Je la regarde de loin. Mes jambes ne me portent pas assez pour de telles excentricités. J’ai quand même précisé que c’est l’histoire d’une femme qui n’aime pas courir !

A l’arrivée, Petit Oiseau et moi fêtons nos efforts à grand coup de sachets de couleur. On en rajoute partout. Sur le pont face au Trocadéro, la poudre chamarrée s’envole en batailles joviales sous le regard bienveillant de la Grande Dame de Paris.

Finalement je me suis plutôt bien tenue physiquement. J’ai même aimé cette sensation d’apaisement une fois la course terminée. Malgré les courbatures. Même que j’en ai pas eu tant que ça. Merci les 26 km à vélo pour aller voir l’expo Kupka au Grand Palais quelques jours auparavant. Quand t’as pas de tête et que t’oublies les préavis de grèves perlées, heureusement que t’as des jambes.

Enthousiasme du printemps, des fleurs et des couleurs, des senteurs de lilas et des glycines tombantes, voilà que finalement je continue à courir une à deux fois par semaine.

Les enfilades de peupliers et les eaux calmes du Parc de Sceaux accueillent mes foulées laborieuses. Et quand une fontaine m’encourage d’un arc-en-ciel, je trouve la vie encore plus belle !

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