Où est le Noir de Basquiat ?

Derniers jours pour voir l’exposition Basquiat à la Fondation Louis Vuitton. Certes elle est prolongée. Mais l’exposition Schiele qui lui fait miroir se termine bien ce week-end. Une heure et demie d’attente dans la bruine hivernale ont pallié la rupture de places disponibles à la prévente. Et la Fondation fournit de grands parapluies aux malheureux qui n’avaient pas prévu de piétiner aussi longtemps à ses portes.

Une file ensuite, rapide, pour acheter son billet. Une file, encore, pour disposer d’un audioguide. Une file, toujours, pour déposer son manteau et autres effets encombrants au vestiaire. Etant donné la forte affluence, la visite des deux expositions se fait à touche-touche. Il est donc fortement conseillé d’être le plus léger possible.

Avec un peu de patience, il est possible d’admirer toutes les œuvres de Schiele. Principalement des dessins de petit format rehaussés de couleurs à l’aquarelle ou à la gouache. Là encore, des files se forment qui défilent devant les cimaises, à petit pas. Corps difformes, souvent nus, sexes rougis, mains noueuses aux doigts démesurés, autoportraits hallucinés, carnations glauques tirant vers l’étal de boucher, ou quand la laideur devient belle. De ses traits tordus, des ses corps étirés, Schiele tire une émotion incomparable. Loin des normes de l’esthétisme académique, le jeune Autrichien trace sa ligne, noire, nerveuse, torturée, mais où la vérité de l’être semble se nicher dans toute sa sensation. L’exposition est captivante.20190111_115004145_ios

 

Et le lien se fait assez naturellement avec Basquiat, bien que l’époque et le style soient radicalement différents. Explosion des couleurs, urgence de l’instant acquise avec ses débuts de graffeur de rue, une vie folle éclate sur les œuvres du jeune Newyorkais. Références aux classiques avec une série de têtes rappelant les Vanités du XVIIe, il puise plusieurs fois son inspiration auprès de Léonard de Vinci. Mais surtout, comme chez Schiele, un univers et un style propres dont il est le créateur. Et une ligne noire. Ou plutôt un trait, qui s’épaissit pour former des personnages inquiétants ou s’affine pour piquer d’épines des couronnes sacrificielles.

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Basquiat transpose sur des toiles gigantesques la vie bouillonnante du New-York du début des années 80. Surtout, il prend le parti de parler du racisme dont il souffre quotidiennement, plongeant jusque dans les racines du commerce triangulaire ou faisant appel aux conteurs traditionnels africains. Il dénonce la suprématie de la société blanche bien-pensante, son intolérance et son injustice.

 

 

Il le dit lui-même, ses œuvres contiennent 80% de colère. D’ailleurs les traits bouillonnent, les mots écument, les formes s’entrechoquent et les couleurs se bousculent, vives et intenses. La peinture n’est pas belle au sens académique mais, comme chez Schiele, elle subjugue et fascine. Alors, oui, on se surprend à trouver l’ensemble magnifique quand le détail dérange souvent.

Quelle frustration de devoir encore attendre dans d’interminables files pour profiter des œuvres dans les salles plus petites. Sensation d’être au zoo, de regarder un animal sauvage à distance dans sa cage. Ce public policé dont je fais partie est tout le contraire de Basquiat. Nous sommes blancs dans notre immense majorité, bien habillés, dociles et patients.

Où est le Noir dont Basquiat se revendique et qu’il défend et met en scène dans ses œuvres ? Pourquoi cette superbe exposition est-elle si blanche ?

Pour ceux qui veulent en savoir plus sur Basquiat, je conseille cette vidéo de Mathieu Ophanin :

Article écrit en janvier 2019

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2 commentaires pour Où est le Noir de Basquiat ?

  1. Gln dit :

    Belle surprise au moment du petit-déjeuner :prendre son thé en lisant « une tasse de thé »,de retour après un long silence 😉

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  2. Superbe article qui exprime très bien l’essence de ces artistes et de l’expo ! Merci

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