La Japonaise et les hortensias

J’ai toujours au moins trois livres en cours. L’un, classique, en papier, petit ou grand format, dans les pages duquel je me plonge avec le plaisir sensuel du doigt qui tourne les pages. Un autre sur ma liseuse électronique que je lis le soir avant de m’endormir ou au milieu de la nuit quand une insomnie me réveille. Le dernier est un livre audio qui me distrait des inéluctables besognes du quotidien. Il accompagne aussi régulièrement mes séances de peinture.

La semaine passée a été l’occasion de marier mes lectures et ma peinture. La papeterie Tsubaki de Ito Ogawa est un ouvrage au rythme lent. Popo écrit des lettres pour les autres, elle est écrivain public. Son art ne réside pas seulement dans les mots mais aussi dans l’encre qu’elle choisit ou encore le papier, le stylo ou la plume qui vont donner tout leur sens au message. Elle est surtout calligraphe. Elle a appris cet art avec sa grand-mère, l’Ainée, qui l’a élevée de façon très rigoureuse, dans la papeterie familiale.

Le livre glisse au fil des pages comme un pinceau sur une feuille blanche. Doucement, tendrement, dans un mouvement souple et ample. Une fleur revient souvent, l’hortensia. Ceux dont Mme Barbara, la voisine, ne coupe pas les fleurs fanées à la fin de la saison.

« A Kamakura, c’est bientôt la saison des hortensias. Mais les hortensias ne sont pas seulement des fleurs aux jolis pétales (des sépales, en réalité), comme je l’ai découvert.

C’est la voisine, Mme Barbara, qui me l’a appris.

Elle n’a pas coupé les fleurs cet été, ses hortensias sont restés sur pied tout l’hiver.

J’avais toujours trouvé les fleurs d’hortensia fanées terriblement tristes. Mais non. Elles aussi sont belles et fraîches. Les feuilles, les branches, les racines et même les endroits grignotés par les insectes, tout est beau, je l’ai compris. »

Ceux aussi d’un temple de la ville.

« Mais pour être honnête, l’été, c’est la morte-saison pour la papeterie Tsubaki. Non seulement pour la boutique, mais pour Kamakura dans son ensemble. Les visiteurs se font rares. Il y a un peu d’animation autour de la gare, mais la plupart des gens vont à la mer, du côté de Yuigahama et de Zaimokuza.

Il y a aussi moins d’endroits à visiter ; même le temple Meigetsu-in de Kita-Kamakura, réputé pour ses hortensias, les coupe tous dès le mois de juillet. En plus, comme il fait terriblement  chaud, cela décourage sûrement les touristes. »

Curieuse, j’avais envie de connaître ce temple, de lui donner une réalité physique. J’ai googlelisé son nom en y associant les hortensias. Et j’ai effectivement trouvé de très belles photographies de l’endroit, avec des allées bordées de fleurs exubérants. Inspirée par l’une de ces photos, j’ai décidé de peindre ce tableau.

La Japonaise et les hortensias – Acrylique sur papier toilé – 38x52cm

Pendant ce travail, j’écoutais 1Q84 de Haruki Murakami. Le livre 1. Là encore, le rythme de l’histoire est assez lent. Les personnages prennent leur temps, leurs émotions ne nichent dans l’entrelacs élastique des mots. Un tempo idéal pour peindre une Japonaise en kimono devant un mur d’hortensias.

La touche finale ? Mon livre papier, Rien n’est noir de Claire Berest. L’histoire de Frida Khalo contée à l’ombre des couleurs. Les fêtes, les douleurs, les colères, les amours et, surtout, Diego, le peintre ogre qui mange la vie en riant.

Je n’utilise jamais de noir dans mes peintures. Je ne travaille qu’avec les trois couleurs primaires et le blanc. Rien n’est noir. Et pourtant, la lumière ne peut jaillir que de l’ombre.

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