Envole-toi !

Et puis il y a la rentrée des vacances d’hiver. Ce moment où le temps s’accélère, où vient l’heure des comptes et du ménage de printemps. Ca y est, nous sommes en mars.

Dès janvier, c’était la rechute. La première absence au lycée ? Il y a un mois et demi. Seulement trois semaines après sa rentrée dans ce nouvel établissement. Auparavant, sept mois d’hôpital et deux semaines de vacances à Noël. Les douleurs d’Eglantine ont commencé depuis plus de deux ans. Nous sommes dans la troisième année.

Les comptes ont quelque chose d’effrayant. Ils ensevelissent toute trace d’espoir, ils sont lourds comme du plomb.

Où est passé février ? Caché sous les piles de certificats médicaux justifiant les absences. Allez, je vous en remets une semaine ? On ne va pas faire dans le détail. Après tout, c’est les soldes. L’énergie d’Eglantine s’est figée dans la neige qui a si bien tenue cette année.

Les vacances représentaient un dernier espoir, ténu comme les crocus qui pointent au cœur de l’hiver. Ajouter une semaine au grand air au bout du bout de la Bretagne n’allège pourtant pas les comptes. On ne compte plus les heures passées au fond de son lit. Dans les bons moments, elle s’allonge sur le canapé pour être un peu avec nous.

Le professeur A. constate. Il a beau être plus optimiste que nous, les comptes plombent. Mais Eglantine croit en cette rentrée de mars. Elle veut aller au lycée. La semaine prochaine, sûr, elle pourra y aller.

Qu’est-ce qui pourrait évoluer en une semaine se demande-t-on. L’espoir est comme un grain de sable sur une plage. Il se glisse dans le moindre interstice, gratte la peau, se colle à la moiteur de l’angoisse.

Alternance covid, les élèves se succèdent en cours par demi-classes un jour sur deux. Eglantine commence mardi à 10h avec l’histoire-géo. Les leçons ont pris la poussière pendant les vacances. A peine a-t-elle réussit à terminer un devoir maison en mathématique et à esquisser le plan d’un commentaire de texte. Une dynamique renaîtra-t-elle si elle réussit à assister à nouveau aux cours ?

Mardi matin, elle a trop mal. Mais cet après-midi, vraiment, elle assistera au cours de maths. Vouloir, croire, et ne pas pouvoir. Encore.

Je ne la force pas. Je la récupèrerais peu après au bureau de la vie scolaire pliée en deux sur une chaise raide, la tête posée sur ses mains, blafarde, à moitié allongée sur la petite table des visiteurs.

Dans la rue, j’ai les larmes aux yeux quand je croise des ados bras dessus-dessous. Rires entendus, regards complices, cheveux chauffés par le soleil, premiers pas vers une indépendance toujours plus proche.

Mes chers parents je pars,
Je vous aime mais je pars,
Vous n’aurez plus d’enfant
Ce soir
Je ne m’enfuis pas je vole,
Comprenez bien, je vole
Sans fumée, sans alcool
Je vole, je vole

Il faut écouter Eglantine chanter cette chanson pour comprendre comme elle lui va bien. Petite voix douce qui caresse les mots en s’accompagnant au piano.

J’aimerais tellement que mon Petit Oiseau volette à nouveau. Comme ces mésanges qui peuplent gaiement les arbres du jardin alors que le mirabellier se pare de petites fleurs blanches.

Mars, le printemps, la vie qui renaît. Envole-toi !

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2 commentaires pour Envole-toi !

  1. 02 dit :

    Chère tasse de thé,
    Quel chemin long et difficile. En lisant le descriptif que tu en fait, j’en ai eu les larmes aux yeux, au point que je boirais bien une gorgée de toi pour digérer tout ça.
    Je te souhaite de pouvoir t’appuyer sur ta famille et tes amis pour alléger ce quotidien parfois si lourd et trouver des lieux ressources pour laisser infuser tes pensées.
    Gros gros bisous.
    Aude

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    • 1tasse2the dit :

      Merci Aude 💕
      Heureusement, Eglantine est une jeune fille incroyable qui ne se laisse pas gagner par la déprime. Et notre famille est très soudée autour d’elle. Juste, parfois, on a le moral en capilotade.
      Alors, surtout, nous nous raccrochons au fait que ce n’est pas grave. En deux ans, nous avons pu écarter tout un tas de maladies.
      C’est juste long, pénible, désespérant et fatiguant…

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